Ma Voix

La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée, Thomas Young

dimanche 01 janvier

Le début de la fin

Cette année, j'aurais quand même découvert le Japon, Londres, acheté trois appareils photos (j'en ai perdu deux!), réussi mon concours, perdu mon père, et pris quelques kilos...

Pour 2006, je devrais commencer par partir en Syrie (dans cinq jours!), recevoir mon premier salaire en tant qu'auditeur de justice (ou magistrat), éviter de me racheter un nouvel appareil photos, déménager deux fois au moins, et perdre quelques kilos...

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Et puis... je crois aussi que je vais finir par cloturer ce blog... Enfin, je reçois toujours les commentaires sur ma boîte mail, et je ne m'interdis pas d'y ajouter un post ou deux de temps en temps... donc c'est une fermeture assez poreuse! Mais je constate que j'ai de moins en moins envie de m'y répandre, alors... Advienne que pourra! Et puis... peut-être apparaîtrais-je aussi à une autre adresse, sait-on jamais!

PS: pour ceux qui veulent tenter le concours et qui ont besoin de conseils... vous pouvez toujours demander!

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mercredi 28 décembre

J'ai faim!!

Hum, petit dîner à l'Ozo pour retrouver mes camarades d'université, une heureuse qui a eu le concours l'an dernier, une malheureuse qui l'a raté l'an dernier (mais devenue fonctionnaire!), et deux malheureux de cette année... Soirée sympathique, égayée par les allées et vénues d'un serveur qui m'était inconnu, aux faux airs de Raphaël (le chanteur)... Miam, je sais pas si c'est ma bouche ou mes yeux qui sont le plus rassasiés!

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mardi 13 décembre

Le Jour J de l'année 2005

C'est le grand jour... On l'attendait officiellement pour aujourd'hui, mais c'est vrai qu'on avait espéré qu'ils ne nous feraient pas languir plus longtemps, et qu'ils les mettraient en ligne la veille, comme ils l'avaient fait pour les résultats de l'admissibilité en septembre. "Ils", ce sont les fonctionnaires du secrétariat de l'ENM. "Les", ce sont les résultats du concours de la magistrature pour l'année 2005...

Ca fait quand même un moment que je bosse dessus... Je suis rentré exprès à Paris, chez ma mère, pour pouvoir "réviser sans autre préoccupation". Pas sûr que c'était une très bonne idée, parce qu'au final, ça fait toujours bizarre de rentrer quand on a été indépendant (même financièrement, ce qui est relativement demeuré depuis deux ans) si longtemps.

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La première tentative, pour ceux qui ont pu suivre les posts depuis l'an dernier, a été un échec... Bon, en même temps, si je suis entrain d'attendre maintenant, c'est que forcément, j'ai pas réussi l'an dernier! Il demeure quand même que l'échec a été plus cuisant que je ne l'aurais cru. Manque de travail, c'est certain. Manque d'efficacité surtout. J'étais en IEJ, et malgré toute leur bonne volonté, la méthode suivie n'était sans doute pas la bonne: des cours présentés comme des travaux dirigés, alors que ce qu'il faut, j'en suis convaincu, pour réussir les écrits, c'est une certaine forme de bachottage: quand on a fait quatre, voire cinq ou six ans de droit comme moi, il y a toujours des choses à préciser, à mettre à jour, mais on a compris le système. Alors il faut prendre des sujets, des sujets dans tous les sens, des sujets larges, des sujets précis, des sujets transversaux, des sujets presque hors-sujet, et s'en faire des plans détaillés, parfois des compositions entières, et apprendre. C'est en tout cas la méthode employée par l'ISP, un institut de préparation privé, et j'ai trouvé ça efficace. Même s'il y a, et heureusement, toujours besoin de travail personnel, c'est une évidence, le concours ne tombera pas du ciel et n'est pas (vraiment) à vendre. En tout cas, ils sont efficaces pour les écrits... Et être admissible, je dois dire, ça fait plutôt plaisir... J'ai connu ça en septembre...

Alors depuis? Des épreuves sportives à passer: pour les hommes, lancer du poids, saut en hauteur, 100m vitesse, 1000m endurance, et 50m nage libre. Avec ça, si vous n'êtes pas de bons juges!... Pour ça, il est certain qu'il faut se préparer un peu: on retrouve pas le souffle qu'on avait au lycée en quelques jours de préparation avant l'épreuve, ce qui signifie que l'été doit être mis à profit pour courir, à tout le moins... Parce qu'il faut avouer que quand on reçoit la convocation dix jours avant qui affirme que s'entraîner quinze jours avant n'est pas suffisant, on a un rire nerveux... Enfin, il ne faut pas non plus trop se stresser: les juristes ne sont pas des sportifs, donc le niveau est assez moyen, à mon image.

La veille ou le lendemain, viennent les épreuves de langue. Anglais pour ce qui me concerne. 10 minutes qui passent assez vite pour lire et préparer une analyse de texte, un article de presse du Guardian en général, paru pendant l'été, soit entre juin, juillet et août (avis à la population des candidats: il serait avisé de vous mettre à la presse anglosaxonne pour savoir de quoi il retourne!). Pour ma part, j'ai appris pendant l'épreuve que le Garde des Sceaux britannique avait décidé d'ouvrir les tribunaux aux caméras, mais avec l'interdiction entre autres de filmer un certain nombre de participants au procès, à l'exception notable du juge... Bref, c'était plus de la discussion au final, qu'une réelle analyse... Et j'ai beau me débrouiller pas trop mal en anglais, il faut bien reconnaître que quand on y est, on a du mal à retrouver ses mots... Mais bon, ça passe très vite!

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Et puis viennent les véritables épreuves orale, celles dont le coefficient vous fait trembler, d'autant que l'emploi du temps est plutôt serré... En deux jours, vous passez une épreuve de droit administratif (une partie du droit administratif général, plus les principales règles d'urbanisme et de domanialité publique), une épreuve de droit public (l'autre partie de droit administratif, le droit constitutionnel ainsi que le droit européen et communautaire) ou de droit pénal (général et spécial, ce qui est assez costaud quand même!), une épreuve de procédure (pénale, civile et un peu aussi de procédure administrative), et enfin une épreuve de droit social (droit du travail et droit de la sécurité sociale). En un mot, on vous demande de réviser l'ensemble de votre scolarité de droit, soit les quatre, cinq ou six années précitées, en une journée, et surtout, quatre épreuves qui vont durer 10 minutes chacune. Car là intervient la vraie frustration: vous allez bûcher pendant un mois, deux mois, trois mois, cinq mois, et tout ça va se jouer en moins d'une heure, sur un sujet tiré au hasard. Certains auront de la chance, d'autres moins, disons-le. Là, d'expérience, je dirais qu'il faut encore employer une forme de bachottage: rien ne sert de lire tous les bouquins, sauf à avoir vraiment le temps devant soi, et alors comment en avril! Non, le mieux est sans doute de préparer des fiches de chaque sujet, chaque petit thème (c'est pas si dur de les retrouver, mais vous pouvez me demander si vous voulez!), et se faire un plan en deux parties qui reprend l'essentiel... Pas forcément un plan d'idée d'ailleurs, juste un plan simple, pour organiser sa pensée. Et à partir de là, vous apprenez... Autant dire que tout apprendre, dans quatre domaines, représentant une bonne dizaine de matière, c'est du boulot, surtout s'il faut préparer les fiches, alors prenez-vous y en avance...

Pour ma part, j'ai eu des sujets diversement appréciables: en droit public, faut-il réformer le contrôle du juge administratif? (un sujet qui demande des idées pour le coup, mais assez transversal quand on y réfléchit) ; en droit social, le conseil de prud'hommes (un sujet bateau, que j'ai bien raté, aucune excuse) ; en droit administratif, l'intercommunalité (un sujet que j'ai préparé, donc sur lequel j'étais bien au point) ; et enfin en procédure, l'instruction en matière civile (un sujet sur lequel je ne savais rien du tout)... Bref, on le voit, tout est possible, et surtout, après une matière, il faut bien se reconcentrer, parce que rien n'est joué, et il y en a d'autres qui peuvent rattraper ou vous faire chuter. Alors faire le vide, et repartir du bon pied.

Le deuxième, vient l'épreuve suprême: le Grand Oral. Cinq personnes, en principe, deux professeurs, deux magistrats, et un juge de l'ordre administratif, tous venus pour vous étudier sur un sujet qui peut être aussi divers que varié, et peut toucher n'importe quel domaine: la cuisine nouvelle, "ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort" Nietzsche, la discrimination positive, le scoutisme de 1809 à nos jours, etc.. Bref, on peut préparer des sujets, mais il faut surtout préparer la méthode. Et rester calme. En sachant qu'il y aura deux sujets, l'un étant un texte... qu'il ne faut pas hésiter à prendre: on n'a qu'une chance de passer le Grand oral, et le jury peut rester sur le sujet que VOUS avez choisi, alors mieux vaut bien peser l'alternative. Pour ma part, moi qui déteste les textes, je l'ai pourtant pris... Et je ne sais pas trop quoi en penser: j'ai rien dit d'excellent ni de très répréhensible, je me suis engagé sur des positions et les ai tenu, sereinement... Et il y a évidemment des questions sur lesquelles on n'a pas de réponse, mais là, tout le monde est logé à la même enseigne, alors autant dire qu'on ne sait pas plutôt que de se taper la honte à dire n'importe quoi! Au final, ils ont quand même eu besoin de 10 minutes sur délibérer sur mon cas, alors qu'habituellement, cinq minutes semblaient suffire... Et le débat a été suffisamment houleux pour que les candidats qui préparaient puissent les entendre... Alors s'il y a débat, c'est que certains devaient vouloir m'enfoncer, mais d'autres aussi m'aider!... Bref, on ne peut rien savoir, mais ces dix minutes de délibérations me tourmentent quand même depuis presque quatre semaines...

Bref! Les résultats devaient être affichés à Bordeaux à 17h, selon les informations recueillies par une magistrate hier, et être mises en ligne dans la foulée... Pour l'instant, il est 18h25, et je ne vois toujours rien... Peut-être qu'ils essaient d'éliminer les gens en jouant avec leurs nerfs! C'est une possibilité qu'il ne faut pas négliger! Patience... Non mais vous y croyez, vous?! Etre patient quand ça fait deux ans que vous bosser là-dessus?!? Ma seule consolation, c'est de savoir que si j'échoue, ma boîte veut me garder en cdi... alors que j'y suis depuis neuf mois en cdd, et que je gagne un salaire très correct, à mi-temps (c'est mon choix)... Au moins, je ne serai pas à la rue en attendant de trouver une nouvelle perspective!... Reste que je préfèrerais quand même refuser leur offre et partir à l'école de Bordeaux!... Affaire à suivre...

PS: 18h29. Je suis admis à Bordeaux; j'ai réussi mon concours... :))

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samedi 10 décembre

Nous ne sommes pas seuls!

Depuis des années, on a surtout découvert des gênes, des microbes, des bactéries, et parfois quelques poissons vivant dans des profondeurs extrêmes... Et pourtant, il semblerait qu'ait été mis à jour une espèce animale jusque là non répertoriée, une sorte de félin roux à la queue touffue, selon ceux qui l'ont aperçu... L'animal vit sur l'île de Bornéo et reste bien mystérieux pour le moment... L'observation risque donc de s'intensifier dans les jours qui viennent...

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Plutôt fun de se dire que le monde animal n'a pas encore livré tous ces secrets, et que des êtres aussi grands peuvent toujours vivre de façon dissimulée des hommes!...

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Pendant ce temps, en France c'est toujours l'état d'urgence, et on sait toujours pas pourquoi...

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jeudi 08 décembre

Banlieue-sexuel !!

Il a bonne mine, l'übersexuel, par David Abiker

onc le nouvel homme est arrivé. Il a choisi l'automne pour se manifester. Le nouvel homme s'appelle Hubert, pardon : Über — Über pour Übersexuel. Il est à la fois masculin et sensible. Poilu dehors, centriste à l'intérieur. Viril sur le bord, mais tellement tendre au-dedans... Le nouvel homme est bien entendu fémino-compatible — mieux : soluble dans les valeurs de la société maternante, dont il n'est plus le protecteur mais l'auxiliaire. Il est bien sûr célébré dans les magazines féminins et dans les magazines tout court. Le nouvel homme est un cocker bien pensant à fort pouvoir d'achat.

L'homme nouveau est bien sûr politiquement correct. Il est pour la forêt, il aime les bébés, soigne sa peau et méprise les 4×4. Il a des principes qui lui évitent d'être pris en défaut quand son bonheur de papier glacé fait tache d'huile à côté d'une misère parfois trop criante. Cet homme est idéal. Il paraît qu'il ressemble à George Clooney. C'est dire. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le nouvel homme fait son apparition une fois tous les deux ou trois ans pour inspirer les "unes" de la presse. C'est son grand mérite : faute de s'incarner, il s'imprime. C'est tour à tour un nouveau père, suivi d'un métrosexuel, rattrapé à la rentrée d'après par un père recomposé mâtiné d'un hy-père sensible, à moins qu'il ne soit en voie de décomposition après avoir été le métro-patriarche d'une famille en miettes.

Evidemment, c'est fou ce que l'homme est nouveau et tendance quand il a le porte-monnaie garni. Car ne nous y trompons pas, l'homme de la rentrée a ceci de commun avec l'homme de la rentrée précédente : il consomme, zappe, jette et donne la papatte à madame, qui l'entraîne avec elle dans d'étourdissants shopings bio, durable, in, out, etc. Un couple durable, pour le meilleur de la consommation ; jamais pour le pire. L'homme nouveau est comme le monstre de Frankenstein : c'est la création d'un expert en lames de fond civilisationnelles (un sociologue branché, en fait). On reprochait aux élites d'ignorer la réalité. Les tendanceurs font pire : ils la réinventent. La créature mâle de la rentrée se nourrit donc au lait du politiquement correct et de cet aveuglement collectif qui nous mène de déconvenue en surprise à mesure que nous découvrons que les Français (et les Françaises) échappent toujours plus aux stéréotypes des chasseurs de socio-types.

Car l'homme de la rentrée, tout nouveau qu'il soit, n'est pas l'Über ni l'Hubert, et encore moins un Gilbert sexuel ! L'homme de la rentrée n'est pas celui que l'on croit. L'homme de la rentrée serait sans le sou, légèrement "vénère" (énervé), et porterait rabattue sur les yeux la cagoule de son sweat-shirt. L'homme de la rentrée n'est pas sorti d'un bureau de style — hélas pour le propriétaire de l'Opel Astra garée dans le parking de la cité. L'homme de la rentrée ne sort de rien. L'homme de la rentrée vit en banlieue le plus souvent, et, contrairement à ce qu'on nous annonce, il n'est pas vraiment satisfait de son urbanité, encore moins du monde qui va comme il va. Il se moque du développement durable comme de ses premières Nike. L'homme de la rentrée est complexe, difficile à saisir, compliqué. Et, bien sûr, ses pulsions n'ont rien de consumériste, même s'il aimerait bien consommer davantage. L'homme de la rentrée a 16 ans et il nous pose un problème.

"LOU RAVI"

Que fait la police ? On le sait. Que font les bureaux de style ? On le sait moins, à part vendre à la "une" de tous nos journaux un nouvel avatar de "lou ravi"— le fameux Hubert qui épate la galerie par sa douceur ferme et sa fraîcheur mentholée. A vrai dire, on aurait préféré que les pros de la tendance, les as du sociétal et les futés du métro-comportement nous préviennent non pas de l'arrivée d'Hubert, mais plutôt nous renseignent sur le ras-le-bol de ce jeune banlieusard qui n'en peut plus. On aurait même pu l'appeler le Faubourg-sexuel, pour leur faire plaisir. Mais, hélas, on n'avait pas prévu ça. On n'avait pas anticipé cet homme-là. Pourtant, cela aurait été utile. Car, à force d'inventer chaque année l'homme nouveau pour le plus grand bonheur des marques et des têtes de gondole, on en oublie de s'intéresser au vrai bonhomme, au quidam, à l'homme de la rue. Cette ignorance qui nous fait troquer la tendance pour le réel, l'hypothèse pour l'observation, la généralité pour la somme des cas particuliers, nous la payons cher.

Tandis que les bureaux de style s'intéressent à l'homme qui se dépense et qui dépense, ce messie narcissique et commode pour éditorialiste en mal de sujets, la réalité vient démentir la tendance.

A quoi sert donc de questionner l'avenir de nos comportements si la question n'a pour ambition que de décrypter ce qui se passe au rayon cosmétique ? Les bureaux de style n'ont pas vu surgir l'homme de la rue avec sa déprime, ses bagnoles qui brûlent et sa ferme intention d'échapper aux règles non écrites du marketiquement correct.


DAVID ABIKER Essayiste

Article paru dans l'édition du Monde du 07.12.05

Posté par phinet à 15:54 - Journal Bloguévisé - Commentaires [0] - Permalien [#]